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actu & culture


PARIS - lundi 23 juillet 2007 à 12h00

"Les Fantômes de Goya": règlement de comptes avec l'histoire



Milos Forman n'oublie pas d'où il vient. Son nouveau film, "Les Fantômes de Goya" (mercredi sur les écrans français), lui donne l'occasion de dénoncer les idéologies en tous genres par le truchement d'une page de l'histoire espagnole, celle des dernières années de l'Inquisition, qui n'est pas sans lui rappeler les soubresauts plus récents de sa Tchécoslovaquie natale.

"Ce qui m'attirait surtout dans cette période particulière, c'est qu'avec tous ses paradoxes et ses changements, elle reflétait une évolution que j'avais moi-même vécue dans mon pays: une société démocratique puis une société nazie, puis les communistes, puis à nouveau la démocratie et encore les communistes, puis encore la démocratie", explique le cinéaste -naturalisé américain voilà près de 30 ans-, constatant des "similarités" entre la Tchécoslovaquie en XXe siècle et l'Espagne du début du XIXe siècle.

Car c'est avant tout le portrait d'une époque tourmentée que nous propose Forman, lui qui nous a habitués à des biographies de rebelles charismatiques, de Mozart ("Amadeus") à l'humoriste Andy Kaufman ("Man on the Moon") en passant par le pornocrate Larry Flynt ("Larry Flynt").

Pour ce tableau d'une Inquisition moribonde, dans une Espagne envahie par les troupes napoléoniennes et les idéaux de la Révolution française, il utilise Francisco Goya comme un prétexte: le peintre du roi et de la cour est réduit au rôle de témoin, d'observateur privilégié d'une série de bouleversements historiques.

Incarné à l'écran par l'acteur suédois Stellan Skarsgard, le Goya de Forman promet d'abord d'être digne de la galerie de rebelles inaugurée par le réalisateur avec son inoubliable Randle McMurphy de "Vol au-dessus d'un nid de coucou". Sauf que cet espoir retombe vite et qu'on n'apprendra rien de l'artiste espagnol, si ce n'est qu'il était aussi l'auteur d'esquisses et de gravures dénonçant les inquisiteurs et les "caprices et désastre de la guerre".

Plutôt qu'à Goya, le film s'intéresse à ses "fantômes", Inès Bilbatua (Natalie Portman), sa muse adolescente, et frère Lorenzo (Javier Bardem), inquisiteur zélé, lui aussi lié au grand peintre auquel il a commandé un portrait. La première est confrontée au second lorsque l'Eglise l'accuse abusivement d'hérésie, plus précisément de dissimulation de pratiques juives. Tout cela parce qu'un soir, dans une taverne, elle avait refusé le plat de porc qu'on lui servait. La jeune femme est appelée à comparaître devant l'Inquisition et pour elle commence l'enfer.

Près de vingt ans plus tard, ces trois mêmes personnages se retrouvent, tous déformés par les traumatismes de l'histoire, et constatent chacun à leur façon qu'en dépit des apparences, rien n'a vraiment changé, tout est cyclique.

Avec ce film de facture très classique, qui s'appuie sur le roman éponyme de Jean-Claude Carrière, co-scénariste de Luis Bunuel dernière période, Milos Forman signe une violente condamnation des idéologies et autres dogmes. Avec les "Fantômes de Goya", on passe d'une tyrannie à une autre, d'une torture à une autre, d'une folie à une autre, et nul n'en sort blanchi ou grandi.

Chose rare dans l'oeuvre de Forman, le résultat n'est pas à la hauteur de l'ambition. Apparemment désabusé, le cinéaste d'ordinaire anticonformiste présente cette fois un film académique et parfois pesant. Javier Bardem a beau faire ce qu'il peut et Natalie Portman multiplier les grimaces, on peine à croire aux personnages centraux et certaines scènes virent au grand-guignol. Malgré quelques fulgurances, comme ce dîner épique chez les Bilbatua, on reste sur sa faim. AP

tl/cov/cr