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actu & culture


PARIS - lundi 12 novembre 2007 à 12h00

"De l'autre côté": destins sans frontières



Prix du scénario au dernier Festival de Cannes, "De l'autre côté", réalisé par Fatih Akin, cinéaste né à Hambourg de parents turcs, dresse un pont entre Allemagne et Turquie. En ces temps où la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne continue de faire débat, c'est une occasion supplémentaire d'y réfléchir.

Mais le film (qui sort ce mercredi sur les écrans français) n'a pas de message ouvertement politique. C'est une histoire à hauteur d'hommes et de femmes, un croisement de destins entre six personnages, une musique à caractère universel. "Le film se propose de changer le monde: cela en fait-il un film engagé politiquement?", demande le réalisateur. "Il est sans doute plus philosophique qu'autre chose, même si je crois que tout est devenu politique aujourd'hui".

L'histoire raconte les parcours croisés de six personnages, entre l'Allemagne et la Turquie, deux duos mère-fille et un père-fils: une prostituée turque à Brême, qui fait croire à sa fille qu'elle est vendeuse de chaussures et lui envoie la plupart de ses économies pour payer ses études; mais sa fille de 27 ans, restée au pays, ne lui donne plus de nouvelles depuis qu'elle milite dans l'opposition armée.

Deuxième duo: un immigré turc veuf qui habite à Brême et propose à la prostituée de partager sa vie; son fils, professeur d'université à Hambourg, vient le voir souvent et, malgré des réticences initiales, se prend d'amitié pour la prostituée.

Enfin troisième duo: à Hambourg, une Allemande divorcée (interprétée par Hannah Schygulla), d'un milieu aisé et intellectuel ex-soixante-huitarde et qui semble peu apprécier les immigrés; et sa fille, étudiante, qui vit encore avec elle, et a les idées plus larges. Cette jeune fille va accueillir chez elles la jeune militante turque, qui a fui son pays et est venue en Allemagne à la recherche de sa mère présumée vendeuse de chaussures...

Entre-temps, et par la suite, des événements tragiques vont faire que ces six personnages, à plusieurs moments, vont se chercher, se croiser sans se voir, se retrouver. Des histoires sont ainsi racontées en parallèle, avec des retours en arrière, comme des pièces de puzzle qu'on ajoute avant que le tableau final n'apparaisse: c'est le principe du "film choral", procédé scénaristique en vogue ces dernières années ("Magnolia", "Collision", "Amours chiennes", "Babel", "Bobby", "Selon Charlie", etc.).

Il s'agit donc de montrer l'universalité des sentiments, des émotions, des relations entre êtres humains: "les rapports humains me fascinent", explique Fatih Akin. "Pas seulement les relations entre hommes et femmes, ou les rapports sexuels, mais aussi entre parents et enfants. L'ensemble des relations humaines".

Sur un ton profondément humaniste sans être complaisant, "De l'autre côté" est un film sur l'exil, le retour aux racines, mais surtout le pardon et la réconciliation, montrant en cela de beaux moments d'émotion dans les relations père-fils ou mère-fille de ces six personnages, en parallèle aux relations Turquie-Allemagne.

C'est le deuxième volet d'une trilogie que veut réaliser Fatih Akin sur l'amour, la mort et le mal. Le premier, "Head-On", obtint l'Ours d'or au Festival de Berlin en 2004, et "De l'autre côté" n'aurait pas fait désordre au palmarès s'il avait obtenu la Palme d'or à Cannes. On attend maintenant le troisième film de la trilogie qui, si le jeune réalisateur germano-turc (il a seulement 34 ans) continue dans cette voie, promet de n'être pas mal. AP

med/sb