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actu & culture


PARIS - lundi 26 novembre 2007 à 12h01

"My Blueberry Nights": road trip aigre-doux de Wong Kar-waï



A l'origine, c'était un court-métrage filmé à Hong Kong avec ses stars préférées, Maggie Cheung et Tony Leung, et intégré au DVD de son film fétiche "In the Mood for Love". Sept ans plus tard, inspiré par sa rencontre avec la jeune chanteuse jazzy Norah Jones, Wong Kar-waï a décidé d'en faire un long-métrage, transposé dans l'immensité des Etats-Unis.

Les superbes décors passés du Hong Kong des années 1960 ont laissé place aux bars, diners et casinos américains, avec pourtant la même impression de désuétude, du temps qui passe, des regrets, des amours perdues et des amants délaissés qui n'arrivent pas à oublier.

Premier film du réalisateur hongkongais tourné aux Etats-Unis, en anglais et avec un casting entièrement anglo-saxon, "My Blueberry Nights" (sortie mercredi dans les salles en France) se vit comme un road trip sentimental et sensuel, portant un regard aigre-doux sur l'amour et ses déceptions, dans une Amérique sublimée par la mise en scène de Wong Kar-waï, et les beaux, très beaux, acteurs du film.

Après sa rupture douloureuse avec son petit ami, une jeune New-yorkaise Elizabeth (Norah Jones) vient se consoler tous les soirs dans un resto du quartier tenu par un adorable patron anglais, Jeremy (Jude Law). Parfois, alors qu'elle pense recroiser son amour d'antan, Elizabeth s'empiffre de "blueberry pie", espérant que cette tarte aux myrtilles et ses bouchées scandaleusement sucrées vont la sauver de l'abîme amoureux où elle a sombré. Puis un jour, lasse d'attendre, elle disparaît.

Pour Jeremy qui s'était habitué à sa présence, le bar se transforme en salle d'attente, entre espoir et solitude, tandis qu'Elizabeth se lance dans un long périple à travers l'Amérique, laissant derrière elle une vie de souvenirs, un rêve et un nouvel ami. Perdue, déchirée, cherchant à tout prix à panser son coeur fracassé, elle erre à travers l'Amérique, de New York jusqu'à Las Vegas et la Californie.

Sur la route, elle accepte des jobs de serveuse et se lie d'amitié avec ceux qui croisent son chemin, souvent des clients de bars aux regrets aussi lourds que les siens. Un policier tourmenté (David Strathairn) noie sa douleur dans l'alcool, pour sa splendide femme (Rachel Weisz) qui l'a quitté à jamais. Une flambeuse invétérée (Nathalie Portman) a tout perdu et veut régler sa vie comme elle l'a toujours fait, pour découvrir enfin qu'on ne peut pas toujours miser et gagner, ni revenir en arrière.

"Parfois, la distance physique entre deux personnes peut être courte mais la distance émotionnelle se mesurer en kilomètres", souligne Wong Kar-waï. "'My Blueberry Nights' porte un regard sur ces éloignements, de différents points de vue. J'ai voulu explorer ces étendues, aussi bien au sens figuré que littéral et les distances qu'il faut parcourir pour en venir à bout".

Etendues et distances, Emotions et éloignements, le film explore ces thèmes, chers au réalisateut, portés par des acteurs magnifiques, tant par leur intensité de jeu que par leur beauté plastique: David Strathairn, Rachel Weisz, Nathalie Portman et Jude Law, qui donnent la réplique à une toute débutante actrice, Norah Jones.

Longtemps peut-être après avoir oublié le film, ses langueurs et son histoire décousue, l'on se souviendra des traits de David Strathairn, brisés par la souffrance, de la silhouette sensuelle de Rachel Weisz, Némésis de Maggie Cheung, claquant les portes d'un bar, ou encore de ce baiser volé de Jude Law, l'un des plus délicieux instants de cinéma cette année. Wong Kar-waï ne se renouvelle peut-être pas mais il connaît les secrets les mieux gardés du septième art et en dévoile quelques uns dans ses "Blueberry nights". AP

med/se/mw




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