Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
Conduire à 150 à l'heure dans Times Square, chasser le cerf sur Park Avenue, cueillir des épis de maïs à Central Park, pêcher le poisson dans la piscine de Temple of Dendur ou encore s'entraîner au golf, debout sur les ailes du porte-avions Intrepid, au bord de l'Hudson River. Voilà le quotidien de Will Smith dans son dernier film, "Je suis une légende" de Francis Lawrence (sortie mercredi dans les salles en France).
Un quotidien d'un surréalisme séduisant, d'autant plus que l'acteur américain, plus habitué à jouer les trublions comiques, y déploie tout son talent et charisme, pour se glisser dans la peau de son personnage: celui d'un homme seul, dans un Manhattan évacué après les ravages d'une épidémie et devenu une mégalopole où la nature a repris des droits.
"Je suis un survivant. Je vis à New York. Je serai à South Street Seaport tous les jours à midi quand le soleil est au plus haut dans le ciel. Si quelqu'un m'entend, n'importe qui, je vous en supplie, vous n'êtes pas seul. J'ai de la nourriture. J'ai un refuge. Vous serez à l'abri". Ce message, Robert Neville le passe tous les jours, depuis trois ans, sur les radios ondes courtes du pays, en espérant que quelqu'un le reçoive et lui réponde. Sans succès.
Du coup, le message est devenu un élément du quotidien, un automatisme, presque un tic, opéré chaque jour, sans attente véritable, dans une ville fantôme, désertée le jour, infestée de créatures la nuit.
Pourtant, trois ans auparavant, en 2009, le monde a tout pour être optimiste: on a trouvé le remède contre le cancer. A la télévision, la scientifique à l'origine de cette découverte, assure que, sur les 109.000 patients traités, tous, sans exception, sont guéris.
Mais alors que la planète célèbre l'éradication de cette terrible maladie, le remède se transforme en un rétrovirus fulgurant. En à peine quelques mois, 90% de la population mondiale est décimée. Seuls demeurent des millions de malades, qui présentent des symptômes proches de la rage et une forte sensibilité aux UVs: des mutants, des "infectés" qui se sont transformés en créatures inhumaines, regroupées en meutes, rodant la nuit, à l'abri de l'obscurité.
Lorsque le virus est apparu, Neville était un soldat et un savant de haut niveau, mais ni lui ni les autres savants n'ont pu juguler cet incurable virus d'origine humaine. Mais contrairement aux autres, Neville a survécu. Son corps est mystérieusement immunisé contre le mal. Persuadé que la solution au virus se trouve dans son propre sang, il cherche toujours à inverser le processus, à rendre aux créatures de l'obscurité leur humanité perdue.
Mais si la nuit, il se barricade pour se mettre à l'abri des infectés, le jour, il dispose de toutes les ressources de la ville. Avec son chien Sam, il est le dernier homme à hanter les ruines de New York, peut-être le dernier homme sur Terre...
Adapté d'un roman d'anticipation homonyme de l'écrivain américain Richard Matheson, "Je suis une légende" avait déjà été transposé sur grand écran à deux reprises: "The Last Man on Earth" (1964) avec Vincent Price, et "Le Survivant" (1971) avec Charlton Heston.
Pour cette troisième adaptation cinématographique, c'est à Will Smith qu'est revenue la lourde responsabilité de porter le film sur ses épaules, puisqu'à l'instar de Tom Hanks dans le film "Seul au monde", il est omniprésent dans tous les plans et joue quasiment seul, sans autre partenaire qu'un berger allemand et quelques créatures livides.
"Le processus était très nouveau pour moi parce que le personnage est tout entier dans son comportement. C'est un exercice peu commun et très instructif de communiquer sans la parole", souligne Will Smith, qui a suivi un régime strict et un entraînement intensif (au combat, aux armes et aux techniques scientifiques) avant de se glisser dans la peau de Robert Neville. Au final, il s'en sort particulièrement bien, avec une performance touchante, peut-être l'une des meilleures de sa carrière.
Mis à part son acteur principal, l'autre force du film réside dans la poésie de son décor: la ville de New York comme on l'a rarement vue au cinéma, sereine et silencieuse, superbe dans sa beauté désincarnée. A la fois épopée futuriste et voyage émotionnel d'un homme seul, "Je suis une légende" sombre davantage dans la banalité vers la fin, notamment lors des séquences consacrées aux créatures, mais son propos reste passionnant: divers niveaux d'interprétation s'imposent tout au long du film, qui se penche sur nos habitudes et nos soucis quotidiens avec un sens de l'humour et de l'ironie assez juste.
A noter aussi, quelques hommages appuyés ("Shrek" et Bob Marley), des clins d'oeil marrants (un DVD du film de Martin Scorsese "Les Affranchis", une affiche d'un film qui n'existe pas "Batman vs. Superman") et l'apparition surprise d'une célèbre actrice britannique. AP
med/sb
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|