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En 1958, Ross Bagdasarian est au creux de la vague. Sa maison de disques, Liberty Records, cherche désespérément un tube. Décidé à tout risquer pour réussir, l'auteur-compositeur américain s'achète l'une des meilleurs tables d'enregistrement de l'époque, un engin capable d'accélérer les voix, et utilise cette technique pour enregistrer une chanson intitulée "Witch doctor".
Celle-ci devient instantanément un "hit" et Ross Bagdasarian est appelé à composer rapidement une autre chanson. Lors d'une ballade en voiture dans le parc national Yosemite, il croise la route d'un "tamia", une sorte de petit écureuil rayé, d'une espèce très courante aux Etats-Unis appelée "chipmunk".
Ross Bagdasarian compose alors une chanson de Noël et crée trois petits personnages censés l'interpréter: "Alvin et les Chipmunks", des tamias chanteurs sortis tout droit de son imagination. Leur chanson "The Chipmunk song (Christmas, Don't Be Late)" est acceptée par sa maison de disques, toujours avec cette technique de voix accélérées.
L'idée est absolument délirante mais elle remporte un succès immédiat: quatre millions de copies vendues en sept semaines, un record imbattable à l'époque.
Un demi-siècle plus tard, les Chipmunks font partie intégrante de la culture américaine, toutes générations confondues, grâce à une trentaine d'albums, des marionnettes, des dessins animés et des séries TV. Avec leurs jolies frimousses et leurs adorables voix de fausset, ils sont encore incognito dans l'Hexagone, mais cela ne durera plus bien longtemps puisque, dès mercredi les petits tamias débarquent en France, avec "Alvin et les Chipmunks", un drôle de film réalisé par Tim Hill et distribué dans 500 salles de cinéma.
Alvin, Simon et Théodore, trois frères chipmunks, s'apprêtent à hiberner dans leur maison, un immense sapin situé en pleine forêt. Mais à l'approche de Noël, l'arbre est abattu, chargé sur un camion et transporté en pleine ville, à Los Angeles, avant d'être installé dans le hall d'une célèbre maison de disques. Seul souci: ses petits occupant sont toujours accrochés à ses branches.
Lorsque Dave Seville (Jason Lee), un chanteur-compositeur un peu ringard, vient proposer une de ses oeuvres au producteur Ian Hawk (David Cross), il repart avec trois joyeux rongeurs cachés dans son sac... A peine a-t-il posé le pied chez lui qu'Alvin, Simon et Théodore ont déjà mis sa maison sens dessous dessus, sans compter qu'ils ont un appétit vorace avec une nette préférence pour les pancakes au sirop d'érable.
Après un moment d'intense stupeur, Dave découvre que les trois petits chipmunks ne sont pas seulement doués pour semer la panique chez lui, mais qu'ils peuvent aussi parler et surtout jouer de la musique.
Inspirés par leur drôle de voix et leur passion enfantine pour Noël, il leur compose alors une chanson dédiée aux fêtes de Noël. Le succès est immédiat: Alvin et les Chipmunks deviennent des stars... Mais qu'advient-il des jeunes stars de la chanson lorsqu'elles tombent sous la coupe d'un cupide producteur de disques?
D'accord, vous ne connaissez pas les Chipmunks et franchement jusqu'ici, Casimir et Candy vous avaient suffi. A priori, vous ne voyez pas l'intérêt de vous encombrer d'un phénomène culturel inconnu, donc sans impact nostalgique, et de surcroît venu d'outre-Atlantique.
Pourtant, il suffit de voir le film en compagnie d'une classe de CE1, d'entendre leurs commentaires et leurs éclats de rires, pour réaliser l'intérêt de faire découvrir ces petites bestioles aux enfants. Cinquante ans après leur invention, Alvin, Simon et Théodore sont toujours aussi drôles, intelligents et attachants, mais ils ont aussi pris un coup de jeune.
A l'ère numérique, les Chipmunks sont réinventés grâce à un "relooking" efficace, des effets spéciaux très réussis, et un scénariste -Jon Vitti ("Les Simpsons ")- assez malin pour ne pas verser dans le dialogue absolument mièvre. Du coup, les trois frères poilus possèdent une aptitude puissante à séduire les enfants qui s'identifient facilement à eux. Quant aux parents, à défaut de se voir en Chipmunks, ils pourront savourer ce tourbillon comique entre le numérique et le monde réel, avec en prime, une belle parodie des jeunes stars de la chanson actuelle, des Justin Timberland aux Britney Spears, en passant par les Beyonce et autres stars de rap ou d'R&B.
Sous la comédie enfantine pointe alors une critique amère des maisons de disques contemporaines, si assoiffées de dollars qu'elles s'approprient leurs stars, au risque d'exploiter leurs talents jusqu'à l'épuisement total. AP
med/sb
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