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Certains croient encore à l'existence de Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street. Ils lui attribuent même plus de 160 meurtres. Mais Sweeney Todd est avant tout un infâme héros de fiction, celui d'une nouvelle de Thomas Pecket Prest, "The String of Pearls: A Romance", publiée en 1846 et aussitôt adaptée au théâtre. Durant un siècle, le terrible barbier fut la source d'inspiration de romanciers, de metteurs en scène et de scénaristes jusqu'en 1979, où le compositeur et parolier Stephen Sondheim s'empara de son histoire pour créer un drame musical...
Près de trente ans plus tard, c'est au tour de Tim Burton, véritable maître du gothique et du gore, d'adapter au cinéma "Sweeney Todd - Le diabolique barbier de Fleet Street " (sortie mercredi dans les salles en France).
Après avoir croupi pendant quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker (Johnny Depp) s'évade et regagne Londres avec une seule idée en tête: se venger du Juge Turpin (Alan Rickman) qui le condamna pour lui ravir sa femme, Lucy, et son bébé, Johanna. Adoptant le nom de Sweeney Todd, il reprend possession de son ancienne échoppe de barbier, située au-dessus de la boulangerie de Mme Nellie Lovett (Helena Bonham Carter). Celle-ci l'informe que Lucy se donna la mort après avoir été violée par Turpin.
Lorsque son rival Pirelli (Sacha Baron Cohen) menace de le démasquer, Sweeney est contraint de l'égorger. L'astucieuse Mme Lovett vole à son secours: pour le débarrasser de l'encombrant cadavre, elle lui propose d'en faire de la chair à pâté pour ses tartes à la viande, ce qui relancera du même coup ses propres affaires!
Sweeney découvre que Turpin a maintenant des visées sur Johanna, qu'il séquestre avec la complicité de son âme damnée, le Bailli Bamford. L'adolescente a attiré les regards d'un jeune marin, Anthony, celui-là même qui avait sauvé Sweeney lors de son évasion. Amoureux fou de la jeune innocente, Anthony se promet de l'épouser après l'avoir arrachée à Turpin.
Pendant ce temps, le quartier de Fleet Street s'est entiché des "tourtes" très spéciales de Mme Lovett, et celle-ci se prend à rêver d'une nouvelle vie, respectable et bourgeoise, avec Sweeney pour époux et Toby, l'ancien assistant de Pirelli, comme fils adoptif. Mais le diabolique barbier est bien décidé à mener à terme sa violente vengeance, quel qu'en soit le coût, pour lui ou pour ses proches...
Quoi de plus naturel pour Tim Burton que d'adapter ce conte sombre et sanguinolent, d'une noirceur implacable, avec la collaboration de ses acteurs fétiches, son ami Johnny Depp dans la peau d'un Sweeney Todd aveuglé par la vengeance, et son épouse Helena Bonham Carter dans celle d'une Nellie Lovett assoiffée d'amour...
Après une parenthèse mi-merveilleuse mi-sirupeuse dans le monde fabuleux de "Big Fish" et l'univers super sucré de "Charlie et la chocolaterie", on rêvait d'un retour en force du cinéaste à ses premières amours: de la poésie dérangeante d'un "Edward aux mains d'argent" au gothique délirant d'un "Batman - Le Défi" en passant par "Ed Wood", "Sleepy Hollow", "L'étrange Noël de M. Jack" ou "Noces funèbres"...
Entre film d'horreur, opéra gothique, drame musical et comédie gore, "Sweeney Todd" est à la croisée de toute la filmographie de Tim Burton: une oeuvre noire, grinçante, suffocante, emplie de personnages aussi terribles que désespérés, meurtris et perdus à jamais...
Casting brillant (magnifique duo vocal de Johnny Depp et d'Helena Bonham Carter), décors et costumes somptueux, partitions impeccables: il ne manque rien à "Sweeney Todd" pour être un chef-d'oeuvre, sauf peut-être une once d'espoir, une pincée de poésie, un soupçon de cette magie enfantine, qui font l'âme et le charme des films de Tim Burton...
Car ici, tout est voué à finir en enfer: l'époux bafoué emporté par la vengeance, l'épouse salie emportée par la honte, le juge vil emporté par le vice...Seuls l'humour flamboyant du pédant Pirelli et l'ingéniosité terre-à-terre de la belle Lovett sauvent par moments l'histoire d'un nihilisme total et absolu. Certes le génie de Burton est là et bien là. Mais entre les bouchées de tourtes à la chair humaine sauce cafards, les jets d'hémoglobine couleur écarlate, les grimaces et les grincements de dents vengeresses, sans compter le côté comédie musicale (eh oui, ils chantent, et c'est parfois pénible...), "Sweeney Todd" peut se refermer sur son spectateur comme un piège...Un violent piège, obscur et étouffant à souhait...
med/cov/cr
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