Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
Une nouvelle fois, Sylvester Stallone boucle la boucle. Après son grand retour dans le rôle du boxeur Rocky Balboa l'an dernier, il revient cette fois-ci pour conclure la saga des Rambo avec "John Rambo" (ce mercredi sur les écrans français), quatrième épisode de la série, qu'il interprète et réalise.
Vingt ans après "Rambo-III", le vétéran de la guerre du Vietnam semble avoir trouvé la paix intérieure dans le nord de la Thaïlande. Solitaire, usé et depuis longtemps sans illusion sur la nature humaine, il mène une existence simple dans les montagnes, pêche dans le fleuve et capture des serpents pour les vendre à des villageois.
Il se tient à l'écart des affrontements qui, non loin, près de la frontière entre Thaïlande et Birmanie, font rage depuis soixante ans entre rebelles karens et armée birmane.
C'est donc à contrecoeur qu'il accepte, après avoir refusé plusieurs fois, d'aider une demi-douzaine de membres d'une organisation religieuse américaine à accéder à un camp de réfugiés, à qui ils apportent nourriture et aide médicale. Il les y conduits par le fleuve, les dépose et repart.
Deux semaines plus tard, un pasteur vient le voir pour lui expliquer que le groupe n'a pas donné signe de vie et que les ambassades refusent d'aider à les retrouver. Rambo comprend alors la situation: les missionnaires humanitaires ont été enlevés par les militaires birmans, qui ont attaqué et dévasté le camp de réfugiés.
Un groupe de mercenaires est envoyé pour tenter de les retrouver. Rambo les guide, et décide de les accompagner: dans cette jungle, il sait mieux que personne ce qu'il faut faire et ne pas faire...
Comme dans les précédents épisodes -et notamment le premier "Rambo", en 1982-, le personnage d'ancien soldat du Vietnam est présenté comme un homme qui n'accepte pas la violence mais y est contraint par le monde qui l'entoure, et est devenu une machine à tuer: "Tu as la guerre dans le sang (...). Quand tu es sous pression, tuer c'est comme respirer", se dit-il en son for très intérieur.
"Le personnage de Rambo rappelle ces héros mythiques qui doivent accomplir contre leur volonté une tâche pour laquelle ils sont nés et qu'ils ne peuvent refuser", explique Sylvester Stallone. "Rambo est un homme droit, pour lui les choses sont simples et se résument à une lutte du bien contre le mal. Les mauvais doivent être punis et les faibles être protégés".
Outre cette réflexion philosophique, Stallone fait aussi dans la géopolitique: son film, terminé bien avant les récentes manifestations anti-gouvernementales en Birmanie, a pour ambition de faire connaître aux spectateurs la lutte entre les combattants karens et les militants birmans. Ceux-ci, dans le film, commettent les pires atrocités et feraient presque passer les nazis pour des enfants de choeur.
Philosophie, géopolitique, mais pas poésie. "John Rambo" ne fait pas dans la dentelle: décapitations, amputations, balles en pleine tête ou en pleine poitrine, huttes brûlées au lance-flamme et nourrissons jetés dedans, enfants fauchés par des mitrailleuses dans les rizières, sang qui gicle au ralenti sur fond musical ou, dans le silence des mouches, cadavres pourrissant au soleil, corps pendus au bout d'une corde, têtes décapitées plantées sur des piques, cochons nourris de cadavres sanguinolents, femmes traînées dans la boue avant d'être violées et frappées par des soldats ivres, villageois déchiquetés par des mines antipersonnel... Bref, c'est très violent et très réaliste, à la limite de la complaisance.
Le personnage de Rambo lui-même, qui à l'origine ne faisait que se défendre et prétend détester la violence, intervient quand il faut, en bon sauvage, avec son arc et ses flèches qui vous transpercent la tête d'un méchant militaire birman d'une tempe à l'autre, mais sait aussi à l'occasion manier la mitrailleuse lourde qui vous décapite un homme comme à la fête foraine.
On l'aura compris, cet ultime "Rambo" (mais est-ce vraiment le dernier?) ravira les fans du personnage passionnés d'action mais est bien loin, presque à l'opposé, du sixième et ultime "Rocky" qui, l'an dernier, bouclait lui aussi, après 17 d'absence, une série entamée en 1976. Le boxeur Rocky Balboa était plus apaisé, plus romantique, plus généreux -bref, plus humain- que l'ancien soldat John Rambo, plus tourmenté, violent et simpliste que jamais. AP
med/sb
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|