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actu & culture


PARIS - lundi 25 fevrier 2008 à 12h00

"There Will Be Blood": du pétrole, du pouvoir et des Oscars



Deux Oscars. Sur les huit nominations des Academy Awards, le film de Paul Thomas Anderson, "There Will Be Blood" en a raflé deux. Deux statuettes, dont l'Oscar du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis et celui de la meilleure direction photo pour Robert Elswit. N'aurait-ce été la concurrence d'un autre film tout aussi superbe, "No Country For Old Men" des frères Coen, "There Will Be Blood" aurait sûrement aussi remporté le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Quelle que soit la valeur d'un Oscar ou César, Palme, Lion ou Ours d'or, récompenses dictées par des choix souvent à géométrie variable, certains films se distinguent par leur unique qualité. "There Will Be Blood" (sortie mercredi dans les salles en France) est de ceux-là...

Le XIXe siècle se meurt lentement, et l'Amérique entre doucement dans l'ère de la révolution industrielle. Ouvrier pauvre et sans avenir, Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis), lui, cherche de l'or. Seul, au fond d'une minuscule galerie, où il manque de justesse de laisser sa vie. Ce sont des accidents qui forgent son histoire. Une petite pépite lui donne les moyens de creuser davantage. Une petite explosion lui fait découvrir l'or du nouveau monde: le pétrole.

Petit à petit, lopin de terre par lopin de terre, Plainview cherche seul, tout d'abord. Avec quelques pionniers, ensuite. Les derricks percent la terre et changent à jamais le paysage de la Californie. Et sans relâche, l'homme arpente la région avec son fils adoptif, H.W. Plainview (Dillon Freasier), un orphelin pris sous son aile, pour convaincre des fermiers de le laisser prospecter sur leurs terrains...

Lorsqu'il entend parler d'une petite ville du centre de la Californie où l'or noir coulerait quasiment à même la terre, Plainview décide de tenter sa chance. Little Boston n'est alors qu'un pauvre hameau aux plaines arides où les habitants ont à peine de quoi faire du pain, mais par endroits, c'est bien du pétrole pur qui suinte à travers le sol. Un océan de pétrole coule aux pieds de Plainview. Un océan que personne d'autre que lui ne doit avoir.

Pour forer ce sol synonyme de milliers de dollars, Plainview accepte de se plier aux demandes du chef de la communauté, un jeune prêcheur halluciné répondant au nom d'Eli Sunday (Paul Dano). Démarre alors une alliance contre-nature, celle d'un pasteur et d'un prospecteur, aux origines du pacte inavouable entre l'église évangélique et les magnats du pétrole made in USA.

Adaptation d'"Oil!", roman d'Upton Sinclair publié en 1927, "There Will Be Blood" s'inscrit dans la grande tradition des films américains, avec ses thèmes puissants: la fortune, la foi, la famille et l'attrait magnétique du Far West. A la fois fresque épique et saga familiale, le film opère une plongée terrifiante dans les tréfonds de l'âme humaine noircie par la compétition, la corruption et la convoitise.

Une descente aux enfers sublimée par un acteur hors pair, peut-être le plus virtuose de sa génération, Daniel Day-Lewis. Sans lui, sans son incroyable charisme, jamais l'auteur-réalisateur Paul Thomas Anderson n'aurait atteint une oeuvre de cette ampleur. Sa présence -chaque centimètre carré de sa personne incarnée par Plainview, pionnier du pétrole cynique et obsessionnel- porte le film. Avec à ses côtés, un acteur qui résiste parfaitement au choc: Paul Dano ("Little Miss Sunshine"), prodigieux dans la peau du pasteur Sunday...

"Pendant qu'on tournait, il ne m'a pas semblé que ce serait un film que beaucoup de gens auraient envie de voir", a souligné Daniel Day-Lewis lors de la cérémonie des BAFTA en Grande-Bretagne où il a aussi reçu le prix du meilleur acteur. "En fait, je n'aurais pas été surpris si on était venu nous mettre des camisoles de force. Paul pensait qu'on faisait un blockbuster, je pensais qu'on était dans une maison de fous"...

Une maison de fous qui lui a valu la plus grande récompense du monde du Septième art lors de la cérémonie des Oscars dimanche soir. Sa performance alliée à la beauté de la cinématographie, la force du scénario et la musique hantée, dissonante et lancinante, de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, fait de "There Will Be Blood" un passage obligé des salles sombres en ce début d'année. Sauf bien sûr si vous n'avez pas encore vu "No Country For Old Men". AP

xmed/mw




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