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actu & culture


PARIS - lundi 03 mars 2008 à 12h00

"Soyez sympas, rembobinez": cinéma citoyen



Hommage nostalgique au cinéma, déclaration d'amour au jazz, utopie d'un "cinéma citoyen", pied de nez à Hollywood, farce de potache attardé, mais surtout joli mélange d'humour et de poésie: le dernier film de Michel Gondry, "Soyez sympas, rembobinez" (ce mercredi sur les écrans français) est tout cela à la fois.

Réalisateur français qui travaille aux Etats-Unis, Michel Gondry avait montré son originalité dès son premier film "Human Nature" (avec Tim Robbins et Patricia Arquette), affichant un style bien à lui confirmé dans "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (avec Jim Carrey et Kate Winslet) puis "La science des rêves" (avec Gaël Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg et Alain Chabat). Sans qu'aucun film ne ressemble au précédent.

Même chose pour "Soyez sympas, rembobinez": Michel Gondry y vante à nouveau l'amateurisme et les bouts de ficelle dans la réalisation d'un film, mais tout cela est très calculé et, surtout, ne rappelle rien de déjà vu ou déjà connu au cinéma.

Dans une petite ville du New Jersey, M. Fletcher (Danny Glover) tient une petite boutique désuète condamnée à la disparition car dernier morceau d'un immeuble qu'on veut refaire. La boutique s'appelle "Be Kind Rewind", ce qui signifie "Soyez sympas, rembobinez": on y loue des cassettes vidéo, produit lui aussi en voie de disparition car menacé par les DVD et Internet.

Quelques clients, réguliers mais peu nombreux, font vivre le petit commerce. Mais un drame va survenir quand M. Fletcher décide de s'absenter quelques jours et laisse la boutique à son assistant, Mike (Mos Def). En effet, le copain de celui-ci, Jerry (Jack Black), mécanicien qui passe ses journées entre sa caravane et le vidéo-club, est obsédé par la peur des ondes et, après s'être approché de trop près de la centrale électrique, a été malgré lui "magnétisé".

Résultat: en rentrant dans la boutique, il efface toutes les cassettes enregistrées.

Pour remédier à cela avant le retour du patron, les deux compères ont alors une idée complètement folle: tourner eux-mêmes, avec une petite caméra et des moyens de fortune, un mini-remake des films en question: "SOS Fantômes" ou "Rush Hour-2".

Contre toute attente, l'initiative rencontre un tel succès que les clients en redemandent. Les habitants de la ville, attirés par le bouche-à-oreille, font la queue devant la boutique et les deux amis décident alors de les faire participer à leurs remakes. Tout le monde s'y met, et c'est parti pour de nouvelles mini-versions de "Miss Daisy et son chauffeur", "Les dents de la mer", "La tour infernale", "Le roi lion", "Robocop" ou "2001, l'odysée de l'espace"...

Cette idée d'inventer un nouveau cinéma "citoyen", dont les spectateurs seraient les propres acteurs de leurs films, avait germé dans l'esprit de Michel Gondry quand il était jeune. Aujourd'hui qu'il est un réalisateur reconnu pour son esprit d'invention, il peut réaliser son rêve de manière fictionnelle.

Cela donne un mélange de situations à l'humour potache et d'histoire teintée de la nostalgie du cinéma à l'ancienne. "Aux films qui ont du coeur et une âme!", s'exclame l'une des clientes de la boutique, Mia Farrow, qui fait une petite apparition tout comme Sigourney Weaver.

Le paradoxe est que Michel Gondry choisit un produit (la cassette vidéo), à la fois synonyme d'adversaire de la salle de cinéma et voué à la disparition, pour faire -en fin de film, à la manière de "Cinéma Paradiso" de Giuseppe Tornatore- la plus belle déclaration d'amour depuis longtemps adressée au cinéma, celui qu'on regarde dans une salle, en public, au milieu d'autres spectateurs.

C'est émouvant et poétique, Michel Gondry n'oublie pas non plus de rendre hommage, dans le scénario, au jazz et notamment au pianiste Fats Waller. Mais c'est surtout très drôle, avec beaucoup de fraîcheur et d'invention dans les gags, un humour décalé que l'on retrouve sur le site internet du film, mentionné dans le générique de fin. AP

med/mw