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actu & culture


PARIS - lundi 16 juin 2008 à 12h01

"La personne aux deux personnes": hilarante prise de tête



Deux pour le prix d'un. Deux réalisateurs qui font oeuvre commune, deux acteurs qui se fondent en un seul personnage, deux approches de la vie qui finissent par se rejoindre: "La personne aux deux personnes", premier film des jeunes réalisateurs Nicolas et Bruno (ce mercredi sur les écrans français) est une comédie très singulière et inventive, quelque chose qu'on n'a pas l'occasion de voir tous les jours. Des films comme ça, y'en n'a pas deux.

Dès le générique, on sait qu'on ne va pas s'ennuyer. Et l'histoire démarre très vite: Gilles Gabriel (Alain Chabat), un chanteur has-been ex-star des années 80, interprète de l'inoubliable "Flou de toi", meurt dans un accident de voiture en percutant Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), petit employé introverti et sans relief d'une grande entreprise de La Défense, la COGIP.

Mais Gilles Gabriel n'est pas tout à fait mort: son esprit a atterri dans la tête de Jean-Christian Ranu, il s'est installé "dans sa sphère ORL". Il lui parle, voit ce qu'il voit, entend ce qu'il entend, ressent ce qu'il ressent.

Au début, c'est le choc pour le petit cadre coincé, qui ne comprend pas d'où vient cette voix qu'il entend dans sa tête et se croit schizophrène. Mais assez vite il va se rendre à l'évidence: il est condamné désormais à cohabiter mentalement avec cet ex-chanteur à la personnalité complètement opposée à la sienne.

Gilles et Jean-Christian vont donc apprendre à s'apprivoiser, à se comprendre, à se surprendre, à devenir complices malgré les crises et les disputes. Dans sa tête, le cadre va peu à peu se laisser guider par l'artiste, accepter de changer de look, de modifier ses attitudes et d'accomplir des choses que jusqu'alors il n'osait pas faire. Notamment se rapprocher de la sévère mais séduisante directrice des ressources humaines (Marina Foïs), dont il est secrètement amoureux...

Les réalisateurs ont choisi deux caractères opposés, proches de la caricature. Jean-Christian Ranu "est une synthèse des trois ou quatre moutons noirs qui existent toujours dans chaque entreprise, à qui plus personne ne parle parce qu'ils portent la guigne", expliquent-ils comme un seul homme. Quant à Gilles Gabriel, "chanteur populaire que l'intelligentsia juge ringard mais qui a son public, nous l'avons immaginé comme une synthèse de Herbert Léonard et Frédéric François".

Daniel Auteuil se régale dans cette comédie où sa coupe de cheveux, ses costumes, sa façon de parler et ses rapports humains constituent un concentré de ringardise un rien émouvante. Quant à Alain Chabat, qui disparaît de l'écran au bout d'une dizaine de minutes, il réussit l'exploit d'être tout aussi présent, et tout aussi comique, par sa voix off.

Nicolas et Bruno, qui se connaissent depuis le lycée et forment un tandem si soudé qu'ils en ont gommé leurs noms de famille, ne sont pas des inconnus. Après avoir débuté par des films d'entreprise puis travaillé pour Thierry Ardisson et Karl Zéro, ils ont réalisé les "Messages à caractère informatif" de "Nulle part ailleurs" sur Canal+ avant de rencontrer Alain Chabat en réalisant un "Burger Quiz" puis d'adapter la série "Le Bureau", toujours sur Canal+.

Alain Chabat est co-producteur du film, qui baigne donc dans "l'humour Canal", avec tout ce que celui-ci peut avoir d'inventif et de convenu, de très drôle ou d'un peu agaçant. C'est inégal, cela s'essouffle un peu sur la fin, mais globalement cette "Personne aux deux personnes" est une hilarante prise de tête, pleine de réjouissantes petites surprises et de gags percutants. Et avec notamment un épilogue à double niveau (c'est le moins qu'on pouvait attendre de ce film-là), deux fois plus drôle que toutes les fins drôles qu'on a pu voir au cinéma depuis longtemps. AP

med/sb




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