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Un bond des inscriptions sur les listes électorales, une affluence record dans les meetings, des émissions politiques qui crèvent les plafonds d'audience: les Français montrent un intérêt marqué pour la campagne présidentielle. Reste à savoir si cela se traduira dans les urnes le 22 avril, alors que le taux d'abstention n'a cessé d'augmenter depuis 1974.
L'élection présidentielle est traditionnellement le scrutin qui mobilise le plus les électeurs. Entre 70% et 80% des Français inscrits sur les listes électorales se déplacent pour l'occasion, contre 64,8% aux législatives de 2002, et seulement 42,8% aux européennes de 2004.
Mais même l'élection phare de la Ve République est gagnée par une érosion de la participation: de 15,8% en 1974, le taux d'abstention au premier tour est passé à 18,6% en 1988, 21,6% en 1995 et 28,4% -un record- en 2002. A côté d'un abstentionnisme sociologique -qui touche des personnes en exclusion sociale- relativement stable, c'est un abstentionnisme "politique" qui augmente, souligne Anne Muxel, directrice de recherche au CEVIPOF.
Celui-ci "émane de toutes les catégories de la population, de tous les âges, y compris d'électeurs diplômés, bien insérés socialement", déclare-t-elle à l'Associated Press. Pour eux, "l'abstention devient un moyen d'expression politique pour manifester une sanction", alors que "six Français sur dix ne font confiance ni à la droite ni à la gauche pour gouverner".
La présidentielle de 2007 va-t-elle inverser cette tendance, la stabiliser, ou confirmer cette crise de la représentation politique? Pas moins de 1,8 million de Français supplémentaires se sont inscrits sur les listes électorales fin 2006, soit une augmentation de 4,2%.
L'élection présidentielle est traditionnellement précédée d'une hausse des inscriptions. Mais cette fois, elle est plus importante que lors des dernières échéances de 1981 (3,7%), 1988 (1,9%), 1995 (2,1%) et de 2002 (2,3%). Dans certains départements, elle est spectaculaire: Paris se détache (+9,6%), devant la Seine-Saint-Denis (+8,5%) et les Hauts-de-Seine (+7,9%). Mais les inscriptions ont aussi bondi outre-mer, où il y a désormais plus d'électeurs qu'à Paris, et parmi les Français installés à l'étranger (+17,7%).
"Il y a une envie de participation", en déduit Anne Muxel, qui enregistre "un niveau d'intérêt pour la campagne supérieur à celui de 2002". "Nous aurons probablement un taux d'abstention moindre" en 2007, avance-t-elle, y voyant le résultat d'un "effet mémoire du 21 avril 2002", de la part d'électeurs qui vont se précipiter dans les bureaux de vote pour ne pas revivre la présence du Front national au second tour.
"Le renouvellement générationnel et le relatif caractère novateur des candidats participent aussi à cette mobilisation, à cet intérêt", ajoute-t-elle. Et puis "la compétition apparaît serrée. Les Français n'ont pas le sentiment comme en 2002 que les jeux sont faits d'avance". Néanmoins, quatre Français sur dix n'ayant pas encore arrêté leur choix à un peu plus de trois semaines du premier tour, les prévisions restent hasardeuses.
Pour les candidats, l'enjeu est de taille: un point de participation en plus, c'est environ 400.000 voix supplémentaires. Le 21 avril 2002, il avait manqué moins de 200.000 votes à Lionel Jospin pour accéder au second tour.
Si elle se confirmait malgré tout en 2007, la montée de l'abstention pourrait finir par effriter la légitimité même du chef de l'Etat. En 2002, plus de 51% des inscrits avaient opté pour l'abstention, le vote blanc ou nul, ou pour les extrêmes, contre 19,4% en 1974. Au final, seuls 13,4% des électeurs avaient choisi Jacques Chirac au premier tour. AP
co/mw
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