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actu & culture


EINDHOVEN - dimanche 23 mars 2008 à 20h35

Alain Bernard, la force tranquille



Increvable! En demi-finales des championnats d'Europe de natation d'Eindhoven, Alain Bernard a battu son troisième record du monde (grand bassin) en trois jours, cette fois sur 50m nage libre. Le Français a signé dimanche 21.50 secondes sur la distance, pour améliorer de six centièmes l'ancienne référence de l'Australien Eamon Sullivan (21.56, le 14 février 2008).

"Ca continue", a déclaré Alain Bernard. "En arrivant, je savais que j'allais être bien sur ces championnats. Ce n'est pas fini, demain il y a la finale."

Depuis le vendredi 21 mars, l'Antibois de 24 ans est bel et bien devenu le nageur le plus rapide de la planète. Auteur de 47.60 en demi-finales du 100m nage libre, Alain Bernard a récidivé samedi en finale, en signant 47.50. En l'espace de deux courses, les 47.84 du "Hollandais Volant" Pieter van Den Hoogenband, qui tenaient depuis les Jeux Olympiques de Sydney, ont volé en éclats.

"Ce sont des records du monde incroyables", a commenté Jacco Verhaeren, l'entraîneur de "VDH", forfait pour maladie à Eindhoven. "Je suis content, comme Pieter d'ailleurs. Pour lui, c'est une source de motivation, un exemple. En plus, Alain est un bon mec. Il a travaillé dur pour y arriver."

"Je crois que désormais c'est moi (l'homme à abattre). Il va falloir assumer", a déclaré Bernard. Depuis ses 48.12 réalisés aux championnats de France 2007 de Saint-Raphaël, le colosse d'Antibes a pris confiance en lui et en ses chances de briller au plus haut niveau.

"C'est à Budapest, lors des championnats d'Europe 2006, que j'ai senti que quelque chose se passait", souligne le grand blond qui rêve de devenir pilote d'hélicoptère à l'issue de sa carrière de nageur.

Cet hiver, il avait ouvert son compteur international individuel en arrachant la médaille d'or du 100 mètres aux Euros de Debrecen en petit bassin.

"Le sprint, c'est beaucoup de travail physiologique, technique et demande une grosse éducation du nageur dans son quotidien", justifie Denis Auguin, son entraîneur depuis 2001, d'abord au Cercle des Nageurs de Marseille puis au Cercle des Nageurs d'Antibes à partir de 2006.

"Il n'y a pas de longueurs gratuites à l'entraînement, il faut que cela soit utile et c'est sans doute l'une des grandes qualités d'Alain. Il cherche toujours à comprendre l'intérêt d'une série, ce qu'il va pouvoir en tirer."

Consciencieux, l'Antibois, né le 1er mai 1983 à Aubagne, est également un bourreau de travail. "Je nage entre 50 et 60 kilomètres par semaine, soit 11 kilomètres par jour", souligne le nouveau champion d'Europe du 100 m nage libre qui a arrêté ses études après le baccalauréat. "Peu de sprinters avalent autant de kilomètres en plus des séances de musculation." Ces dernières, au nombre de trois par semaine en période classique d'entraînement, confèrent au nageur tricolore une allure de "Monsieur Univers" : 1,96 mètre pour 88 kilos, Alain Bernard est taillé dans le roc. Et comme tous les sportifs, le Méditerranéen entretient un rapport particulier avec son corps.

"C'est mon outil de travail. Le moindre petit bobo peut prendre de grandes proportions et avoir des répercussions sur mon entraînement", consent ce titulaire dun BEESAN (Brevet d'état d'éducateur sportif des activités de la natation) depuis 2004.

"En 1999, lorsque je suis arrivé à Marseille, je ne pesais que 72 kilos pour 1,90m", dit-il. La métamorphose assez flagrante, a été progressive.

"La musculation, j'ai commencé à m'y mettre sérieusement en 2006, avant les championnats d'Europe de Budapest et je commence tout juste à en tirer les bénéfices", rappelle le Méditerranéen qui loue également le travail de son coach Denis Auguin.

"Je n'avais que 17 ans quand il m'a pris en main. Je ne me voyais pas aller si loin, mais lui croyait déjà en moi. Il sait me mettre en confiance. Il m'a appris à savoir comment et pourquoi je nageais."

Désormais, Pékin est dans le viseur. "Les Jeux, c'est le summum, le rêve de tous les sportifs", acquiesce Alain Bernard. "Depuis mes 47.50, je me dis que les 47.40 ne sont pas si loin que ça. De toute façon, il faudra nager dans ces eaux-là pour espérer monter sur le podium."

Le chemin qui mène à Pékin passe par Dunkerque. Du 20 au 27 avril prochain, l'Antibois devra décrocher l'une des deux places qualificatives sur 100m nage libre pour continuer à rêver au podium olympique. AP

xmar/jlc