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actu & culture


STRASBOURG - vendredi 30 juin 2006 à 22h21

Cyclisme: séisme au Tour de France



"Un grand mal pour un bien", "un tournant", "un geste courageux"... Huit ans après l'affaire Festina et à la veille du départ à Strasbourg, le Tour de France a vécu vendredi une de ces journées qui marquent l'histoire du cyclisme, avec l'expulsion de plusieurs coureurs, dont les favoris Ivan Basso et Jan Ullrich, en raison de leur implication présumée dans l'affaire de dopage en Espagne.

Alexandre Vinokourov ne sera pas non plus au départ samedi, après le retrait vendredi soir de son équipe, amputée de cinq coureurs. Le Tour 2006 ne comptera donc que 20 équipes, au lieu de 21.

Après avoir reçu dans la nuit un rapport détaillant les résultats de l'"Opération Puerto", l'enquête ouverte fin mai dans le milieu du cyclisme espagnol, les organisateurs du Tour de France ont réuni vendredi matin à Strasbourg les directeurs sportifs des équipes inscrites. Le verdict est tombé au sortir de cette réunion de crise: les coureurs cités dans l'affaire espagnole seraient exclus de la course.

Principales victimes de ce grand nettoyage, les favoris Ivan Basso (CSC) et Jan Ullrich (T-Mobile) ont été contraints de faire leurs valises avant même d'être montés sur leur vélo. Tout comme les Espagnols Oscar Sevilla (T-Mobile) et Francesco Mancebo (AG2R), ainsi que le directeur sportif de la T-Mobile, Rudy Pevenage.

Mancebo a laissé entendre qu'il prendrait sa retraite, selon son directeur sportif Vincent Lavenu, qui a pris cette indication comme "un aveu" de sa culpabilité.

L'équipe Astana-Würth, seulement autorisée à courir jeudi en raison de l'implication présumée de plusieurs de ces coureurs, n'a, elle, annoncé que vendredi soir qu'elle suspendait cinq de ses membres.

Ces cinq hommes (Sergio Paulinho, Isidro Nozal, Allan Davis, Alberto Contador, Joseba Beloki) figurent sur la liste des coureurs impliqués fournie dans la journée par l'Union cycliste internationale (UCI). La formation d'Alexandre Vinokourov ne dispose donc plus du nombre minimum de coureurs requis (six) pour participer à la course et ne sera pas au départ samedi.

"L'ennemi n'est pas le cyclisme, l'ennemi est le dopage", a déclaré le directeur du Tour Christian Prudhomme pour justifier cette décision qui fait trembler tout le monde du cyclisme.

Le ministre français des Sports Jean-François Lamour a, de son côté, estimé qu'une page de l'histoire du cyclisme "est en train de se tourner". Le directeur général délégué du Tour de France, Jean-Marie Leblanc, a salué "un geste courageux", tandis que Marc Madiot, directeur sportif de l'équipe Française des Jeux, évoquait "un beau jour".

Les équipes privées de coureurs ont accepté vendredi de ne pas les remplacer. Le peloton qui prendra samedi le départ du prologue ne comptera donc que 176 coureurs, sur les 189 coureurs initialement inscrits.

Le porte-parole de la T-Mobile, Luuc Eisenga, a affirmé que les informations transmises par les autorités espagnoles "sont suffisamment claires et qu'elles ne laissent pas de place au doute".

Pourtant, Jan Ullrich, qui avait déjà démenti par deux fois toute implication, a continué à clamer son innocence vendredi.

"La seule chose que je puisse dire aujourd'hui, c'est que je suis choqué, que je n'ai toujours rien à voir avec tout ça, que je suis une victime et que je m'étais préparé cette année comme jamais", a déclaré le leader de la T-Mobile devant l'hôtel de son équipe à Strasbourg.

L'Allemand devait rentrer chez lui, en Suisse, dans la soirée. Ivan Basso avait pris le chemin de l'Italie plus tôt dans la journée.

Le séisme de vendredi est la première onde de choc de taille émanant de l'affaire qui a éclaté en Espagne à la fin mai avec l'arrestation du Dr Eufemiano Fuentes et de Manolo Saiz -respectivement médecin et directeur sportif de l'équipe Liberty Seguros (aujourd'hui Astana-Würth)-, suspectés d'être les pièces maîtresses d'un réseau de dopage sanguin organisé impliquant plusieurs dizaines de coureurs.

S'il chamboule le cyclisme international, il ne remet pas en cause la légitimité du Tour de France, selon Jean-Marie Leblanc, même si la plus grande course du monde a perdu vendredi ses deux favoris.

"Aujourd'hui, malgré tout, je ne crois pas que la compétition soit faussée. Le Tour garde sa crédibilité sportive", estime le directeur général délégué de la Grande Boucle. "Je continue de penser que la plus grande partie du peloton est propre".

Pour Bjarne Riis, directeur sportif d'Ivan Basso à la CSC, il fallait en passer par là pour garantir l'avenir du cyclisme. "Cela aurait été un chaos énorme si ces coureurs étaient restés dans la course", a-t-il affirmé vendredi. "Nous devons protéger le cyclisme". AP

jp/v-div/pyr